Les bénéfices communs
Avant toute comparaison, il faut rappeler ce que la course et la natation partagent.
Les deux disciplines sollicitent le système cardiovasculaire et pulmonaire de façon soutenue, améliorant progressivement le volume d'éjection cardiaque et la capacité respiratoire à l'effort. Elles renforcent également la musculature de façon globale, à des degrés différents selon les groupes sollicités.
Sur le plan de la santé mentale, les preuves scientifiques sont particulièrement solides. Une vaste synthèse de méta-analyses (« umbrella review ») publiée dans le British Journal of Sports Medicine a confirmé que l'exercice physique structuré agit comme un traitement de premier plan pour réduire les symptômes dépressifs et anxieux, avec une efficacité comparable, dans certains cas, aux approches psychothérapeutiques ou médicamenteuses de première intention pour les troubles légers à modérés. Une autre synthèse de référence, publiée dans Health Psychology Review, a agrégé 92 méta-analyses portant sur plus de 4 300 participants pour la dépression et 306 études portant sur plus de 10 700 participants pour l'anxiété : l'activité physique y réduit la dépression avec une taille d'effet moyenne et l'anxiété avec un effet plus modeste mais significatif. Ces bénéfices s'expliquent par plusieurs mécanismes neurobiologiques documentés : augmentation du facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF, qui favorise la plasticité neuronale dans l'hippocampe), régulation de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (donc baisse du cortisol), et modulation des systèmes sérotoninergique et dopaminergique.
Les deux pratiques offrent enfin des opportunités de sociabilisation ( cours collectifs, clubs de course, séances d'aquagym encadrées ) et une dépense calorique significative, condition nécessaire mais non suffisante à elle seule pour perdre du poids.
Course à pied et natation : les différences fondamentales
La dépense calorique : un avantage pour la course, nuancé par la pratique
Le compendium des activités physiques, référence utilisée en physiologie de l'exercice, attribue à la course des équivalents métaboliques (MET) parmi les plus élevés de toutes les activités courantes, généralement entre 10 et 14 MET selon l'allure. La natation, elle, se situe le plus souvent entre 6 et 10 MET selon le style et l'intensité : la brasse et le crawl pratiqués à allure modérée se rapprochent de la limite basse, tandis que le papillon nagé à haute intensité peut rivaliser, voire dépasser, la dépense d'une course rapide. Concrètement, cela signifie que la course, à durée égale, tend à brûler davantage de calories que la natation pratiquée à allure confortable ... mais que l'écart se resserre fortement dès lors que l'intensité et la technique de nage progressent.
Il faut ajouter que la course bénéficie d'un effet post-combustion, ou EPOC (excess post-exercise oxygen consumption) : les séances fractionnées à haute intensité, faciles à réaliser en course, maintiennent une consommation d'oxygène élevée après l'effort, ce qui prolonge légèrement la dépense énergétique dans les heures suivant la séance. Ce phénomène, aussi appelé « afterburn », est moins documenté et généralement moins marqué en natation, où l'intensité maximale est plus difficile à soutenir pour un pratiquant non expert.
L'impact articulaire : l'atout majeur de la natation
C'est sur ce critère que les deux disciplines divergent le plus nettement, et c'est un point central pour les publics accueillis en piscine publique. La course impose un choc à chaque foulée, avec des forces de réaction au sol pouvant atteindre plusieurs fois le poids du corps ; cette charge répétée explique le taux élevé de blessures de surcharge chez les coureurs réguliers (tendinopathies, périostites, fractures de fatigue), en particulier en cas de reprise trop rapide ou de surpoids important.
La natation, à l'inverse, se pratique en quasi-apesanteur : la poussée d'Archimède porte l'essentiel du poids du corps, ce qui supprime le choc articulaire. Un essai contrôlé randomisé publié dans la revue PM&R a comparé un programme d'exercice aquatique à un programme d'exercice terrestre chez des patients obèses souffrant de gonarthrose (arthrose du genou). Les deux groupes ont amélioré leur fonction articulaire et réduit leur masse grasse, mais le groupe aquatique a montré un avantage net sur la gestion de la gêne fonctionnelle liée à la douleur. un résultat majeur pour les publics en surpoids ou souffrant d'arthrose qui peinent à maintenir un exercice terrestre. Cette conclusion est renforcée par une méta-analyse récente regroupant plusieurs essais contrôlés randomisés chez des adultes en surpoids ou obèses atteints d'arthrose des membres inférieurs : l'exercice aquatique y est associé à une réduction significative de la douleur et à une amélioration de la fonction physique, avec des effets numériquement plus marqués chez les patients obèses que chez les patients simplement en surpoids.
Les groupes musculaires sollicités : membres inférieurs contre corps entier
La course à pied sollicite principalement le bas du corps : quadriceps, ischio-jambiers, fessiers et mollets sont les moteurs de la foulée, tandis que le haut du corps joue un rôle essentiellement stabilisateur. La natation, à l'inverse, engage simultanément les bras, les épaules, le dos et la sangle abdominale en plus des jambes, grâce à la résistance de l'eau qui s'exerce dans toutes les directions du mouvement. Cette sollicitation intégrale explique pourquoi la natation est souvent présentée comme un entraînement plus complet sur le plan musculaire, même si elle demande une technique plus longue à acquérir pour être pleinement efficace.
La densité osseuse : l'avantage inattendu de la course
C'est sans doute le point le plus contre-intuitif de la littérature scientifique. Les impacts répétés et les charges en compression subies pendant la course stimulent les cellules responsables de la formation osseuse (les ostéoblastes) ; cette absence de charge gravitaire en milieu aquatique limite au contraire le stimulus mécanique nécessaire à l'accrétion de densité minérale osseuse (DMO). Une revue systématique publiée dans PLOS One, portant sur 64 études, conclut que les nageurs présentent généralement une DMO inférieure à celle des athlètes pratiquant des sports à impact, et comparable à celle de sujets sédentaires. Une étude plus récente comparant coureuses, nageuses et joueuses de water-polo confirme l'absence de différence significative sur la plupart des sites osseux, à l'exception du col fémoral, où les nageuses présentent une DMO inférieure aux joueuses de water-polo. Une étude portant sur des athlètes masculins d'élite iraniens aboutit à des conclusions similaires : la natation apparaît neutre, voire légèrement défavorable, pour la santé osseuse comparée aux sports en charge.
Ce constat ne remet nullement en cause l'intérêt de la natation pour la perte de poids ou la santé cardiovasculaire, mais il justifie de l'associer à un travail complémentaire en charge (marche, montée d'escaliers, renforcement musculaire) pour la santé osseuse à long terme, en particulier chez les femmes ménopausées ou les seniors à risque d'ostéoporose.
La logistique et le profil idéal de chaque pratique
La course à pied reste l'activité la plus simple à mettre en œuvre : une paire de chaussures adaptées et une porte à ouvrir suffisent, sans abonnement ni matériel spécifique. Elle convient particulièrement aux personnes recherchant une dépense calorique rapide et un gain de temps.
La natation exige en revanche un accès à un bassin ou à un plan d'eau, un maillot et souvent des lunettes de natation, ce qui implique une logistique plus contraignante. En contrepartie, elle constitue l'option de choix pour les débutants, les seniors, les personnes en surpoids important ou souffrant de douleurs articulaires, précisément parce que l'absence de choc permet d'engager une activité physique régulière sans risque de blessure immédiate; un argument que les piscines publiques et leurs équipes pédagogiques peuvent mettre en avant auprès de ces publics.
Combiner les deux disciplines : ce que suggère la recherche
L'association course/natation permet de cumuler les bénéfices de chaque discipline tout en compensant leurs limites respectives. La course apporte la haute intensité et le stimulus osseux ; la natation offre une récupération active, un travail musculaire complet du haut du corps et une protection des articulations contre les blessures d'usure liées à la répétition d'un même geste. Cette approche multimodale est cohérente avec les recommandations générales de santé publique, qui encouragent la variété des formes d'activité physique plutôt que la spécialisation exclusive dans une seule discipline, afin de réduire le risque de blessure de surutilisation tout en maximisant les bénéfices cardiovasculaires, musculaires et osseux.
Le facteur le plus déterminant : l'adhésion sur la durée
Au-delà des différences physiologiques, la variable qui prédit le mieux la perte de poids durable reste la régularité de la pratique. Les données en psychologie de l'exercice montrent que le plaisir perçu pendant l'activité est un facteur prédictif majeur de l'adhésion à long terme, davantage que la dépense calorique théorique d'une séance isolée. Autrement dit, l'activité la plus efficace pour perdre du poids et ne pas le reprendre est statistiquement celle que la personne parvient à maintenir dans la durée. C'est un argument scientifique de poids pour les piscines publiques et leurs équipes d'aquagym, de nage encadrée ou d'aquabike, qui offrent une alternative motivante, sociale et à faible risque de blessure pour initier ou relancer une pratique régulière — en particulier chez les publics qui ont abandonné la course en raison de douleurs articulaires.
Course à pied et natation ne sont pas des rivales mais des outils complémentaires. La première offre une dépense calorique légèrement supérieure à intensité comparable et un stimulus osseux précieux ; la seconde protège les articulations, sollicite l'ensemble du corps et permet souvent une pratique plus longue et plus régulière, en particulier chez les débutants, les seniors et les personnes en surpoids. Pour les professionnels des piscines publiques, ces données scientifiques constituent un argumentaire solide pour promouvoir la natation et l'aquagym comme des solutions accessibles, sûres et validées par la recherche, en complément ( et non en substitution totale ) d'une activité en charge comme la marche ou la course.
Lexique
MET (équivalent métabolique) : unité mesurant la dépense énergétique d'une activité par rapport au repos. 1 MET correspond à la dépense au repos assis ; plus le chiffre est élevé, plus l'activité est intense.
EPOC (excess post-exercise oxygen consumption) : surconsommation d'oxygène après l'effort, à l'origine de l'effet dit « afterburn », qui prolonge légèrement la dépense calorique après l'arrêt de l'exercice.
DMO (densité minérale osseuse) : mesure de la quantité de minéraux (principalement calcium) présents dans un volume d'os donné ; un indicateur clé du risque d'ostéoporose et de fracture.
Ostéoblaste : cellule responsable de la formation du tissu osseux, stimulée notamment par les charges mécaniques et les impacts répétés.
Gonarthrose : arthrose du genou, caractérisée par une dégradation progressive du cartilage articulaire, source de douleur et de perte de fonction.
Essai contrôlé randomisé (ECR) : étude scientifique dans laquelle les participants sont répartis au hasard entre un groupe recevant l'intervention testée et un groupe témoin, afin de limiter les biais et d'établir un lien de causalité fiable.
Méta-analyse : méthode statistique combinant les résultats de plusieurs études indépendantes portant sur une même question, afin d'obtenir une estimation globale plus robuste que celle d'une seule étude.
SMD (standardized mean difference / différence moyenne standardisée) : indicateur statistique utilisé en méta-analyse pour comparer l'ampleur d'un effet entre deux groupes, indépendamment de l'unité de mesure d'origine.
BDNF (brain-derived neurotrophic factor) : protéine favorisant la survie et la plasticité des neurones, dont la production est stimulée par l'exercice physique et qui joue un rôle dans la régulation de l'humeur.
Axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (axe HHS) : système hormonal reliant le cerveau aux glandes surrénales, responsable de la réponse au stress et de la production de cortisol.
Poussée d'Archimède : force exercée par un fluide (ici l'eau) sur un corps immergé, qui s'oppose à la gravité et explique la quasi-apesanteur ressentie en natation.
Sources vers les publications
- Lim, J.Y. et al. (2010). Effectiveness of aquatic exercise for obese patients with knee osteoarthritis: a randomized controlled trial. PM&R. Résumé PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20709301/ — Article complet : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1016/j.pmrj.2010.04.004
- Frontiers in Physiology (2026). Effects of aquatic exercise on pain and physical function in overweight/obese patients with lower limb osteoarthritis: a systematic review and meta-analysis. https://www.frontiersin.org/journals/physiology/articles/10.3389/fphys.2026.1864401/full — Résumé PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42389754/
- Gómez-Bruton, A. et al. (2013). Is Bone Tissue Really Affected by Swimming? A Systematic Review. PLOS ONE, 8(8), e70119. https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371%2Fjournal.pone.0070119
- Krauss, E.M., Stuckenberg, K. & Almstedt, H. (2026). Bone mineral density in female runners, swimmers, and water polo athletes: Comparisons across sports with different impacts. Journal of Human Sport and Exercise. https://www.jhse.es/index.php/jhse/article/view/bone-mineral-density-in-athletes
- Bone Mineral Density and Content among Iranian Elite Male Athletes in Different Sports. PMC. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10165206/
- Duncan, M.J. & Vandelanotte, C. (2015). A meta-meta-analysis of the effect of physical activity on depression and anxiety in non-clinical adult populations. Health Psychology Review, 9(3), 366-378. https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/17437199.2015.1022901
- Munro, N.R. et al. (2026). Effect of exercise on depression and anxiety symptoms: systematic umbrella review with meta-meta-analysis. British Journal of Sports Medicine. Synthèse : https://www.sciencedaily.com/releases/2026/02/260213020412.htm
Article à partir d'une analyse d'Elaine K. Howley